Lâcher prise, c'est cesser de s'agripper à ce qu'on ne peut pas contrôler : une situation, une personne, un résultat, une émotion. Ce n'est ni renoncer, ni devenir indifférent(e). C'est mettre son énergie là où l'on a réellement prise. C'est difficile, parce que le contrôle nous rassure, même quand il nous épuise.
« Il faut que tu lâches prise. » On l'a tous entendu, souvent dit avec gentillesse, et souvent au pire moment. Le conseil est juste, mais il laisse une question entière : lâcher quoi, exactement ? Et comment ? Commençons par le sens des mots, parce qu'il éclaire déjà beaucoup de choses.
Quelle est la définition du lâcher-prise ?
Au sens propre, lâcher prise, c'est « laisser aller ce qu'on tenait avec force », selon le Wiktionnaire. Au sens figuré, c'est cesser une poursuite, une dispute, un combat.
Le nom « lâcher-prise » a pris un sens plus psychologique. Le dictionnaire Larousse le décrit comme un moyen de libération psychologique qui consiste à se détacher du désir de maîtrise.
J'aime beaucoup cette image de la main. Une main qui serre fort ne peut rien recevoir d'autre. Elle se fatigue, elle se crispe, et souvent elle abîme ce qu'elle tient. Lâcher prise, c'est ouvrir la main. Pas forcément laisser tomber ce qu'il y a dedans.
Ce que le lâcher-prise n'est pas
C'est là que naissent la plupart des malentendus.
- Ce n'est pas renoncer. Vous pouvez tenir à un projet, à une relation, à un objectif, et lâcher prise sur la façon exacte dont les choses doivent se passer.
- Ce n'est pas devenir indifférent(e). On peut continuer à être touché(e), triste, inquiet(e). Lâcher prise ne coupe pas les émotions.
- Ce n'est pas tout accepter. Poser une limite, dire non, partir, c'est parfois la forme la plus nette du lâcher-prise : on arrête de tenir une situation qui nous fait du mal.
- Ce n'est pas un effort de volonté. « Je dois lâcher prise » est une nouvelle injonction de contrôle. On ne se force pas à lâcher : on crée les conditions pour que la main s'ouvre.
Pourquoi est-ce si difficile de lâcher prise ?
Parce que le contrôle a une fonction. Il nous protège. Quand on anticipe tout, qu'on vérifie, qu'on repasse une conversation dans sa tête, on a l'impression d'éviter le pire. Le mental se dit : « si je lâche, quelque chose va mal tourner ».
C'est souvent une stratégie apprise, et qui a été utile à un moment de la vie. Une période où il fallait tout tenir, une enfance où l'imprévu était risqué, un travail où l'erreur coûtait cher. Le problème, c'est qu'elle continue à tourner quand le danger est passé.
J'ai développé cette idée dans un autre article : on ne lâche prise que lorsqu'on se sent suffisamment en sécurité. C'est le cœur de mon article sur la sécurité et le lâcher-prise.
Lâcher prise sur quoi, concrètement ?
Une distinction très ancienne aide beaucoup. Le philosophe stoïcien Épictète ouvre son Manuel en séparant les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos choix, nos actes) de celles qui n'en dépendent pas (le regard des autres, les événements, notre réputation) (Manuel d'Épictète, traduction Guyau, sur Wikisource).
Transposé au quotidien, cela donne trois questions très simples, à poser quand quelque chose vous serre :
- Qu'est-ce qui dépend de moi, ici ? Souvent : ce que je dis, ce que je fais, ce que je décide de ne plus faire.
- Qu'est-ce qui ne dépend pas de moi ? La réaction de l'autre, le résultat final, le passé.
- Sur quoi est-ce que je dépense mon énergie en ce moment ? Si la réponse est surtout dans la deuxième colonne, c'est là qu'il y a quelque chose à lâcher.
Et le lâcher-prise émotionnel ?
Il est un peu différent. Une émotion ne se contrôle pas, et chercher à la faire taire la rend souvent plus forte. Lâcher prise sur une émotion, c'est arrêter de lutter contre elle : la reconnaître (« il y a de la colère »), la sentir dans le corps, et la laisser faire son chemin.
C'est contre-intuitif. On a peur qu'en l'accueillant, elle prenne toute la place. En pratique, c'est souvent l'inverse qui se produit : une émotion accueillie finit par redescendre, alors qu'une émotion combattue revient sans cesse.
Si vous voulez essayer par le corps, j'ai écrit un exercice d'auto-hypnose pour lâcher prise en 5 minutes, que l'on peut faire au bureau ou le soir.
Comment l'hypnose aide-t-elle à lâcher prise ?
En hypnose, le mental accepte quelque chose qu'il refuse souvent en journée : se poser. On peut y regarder ce qui, en vous, a besoin de tout contrôler, et lui proposer une autre façon de vous protéger. La méthode SAJECE, que je pratique, s'appuie sur vos propres ressources : l'objectif n'est pas de vous imposer le calme, mais de vous aider à le retrouver.
J'accompagne ces questions dans le cadre de mon travail sur les émotions et les transitions de vie, à Ajaccio, à Paris une semaine par mois, et en visio.
Si le chagrin, l'anxiété ou la fatigue durent depuis plusieurs semaines, parlez-en aussi à votre médecin. En cas d'idées noires, appelez le 3114, joignable jour et nuit.
Questions fréquentes
Pourquoi lâcher prise ?
Parce que tenir ce qui ne dépend pas de nous épuise, sans rien changer au résultat. Lâcher prise libère de l'énergie pour ce sur quoi l'on a réellement prise.
Lâcher prise, est-ce baisser les bras ?
Non. On peut continuer à agir et à tenir à ce qui compte. On arrête seulement de s'acharner sur ce qu'on ne maîtrise pas.
Comment lâcher prise quand on est anxieux(se) ?
En commençant par le corps, plutôt que par la volonté : respiration, relâchement, sentiment de sécurité. L'anxiété s'apaise rarement par le raisonnement seul.
Et en amour ?
C'est souvent là que c'est le plus dur. J'y consacre un article : lâcher prise en amour, sans renoncer ni s'accrocher.
Envie d'ouvrir la main, à votre rythme ? Parlons-en lors d'un premier échange.
Rédigé par Caroline Desormeaux, Maître Praticienne en Hypnose SAJECE, Ajaccio · Paris · Visio. L'hypnose ne se substitue en aucun cas au diagnostic médical et aucun traitement ne peut être suspendu sans l'avis du médecin.